Kapwani Kiwanga – Rayon de soleil au coin du feu

Commissaire : Anne-Marie St-Jean Aubre

À propos —

Les enjeux complexes liés aux processus historiques et actuels de colonisation sont au centre de la pratique artistique de Kapwani Kiwanga, qu’on pense au corpus d’œuvres Maji Maji (2014), qui traitait de la révolte ayant mené plusieurs années plus tard à l’indépendance de la Tanzanie, ou à celui de Flowers for Africa [Des fleurs pour l’Afrique] (2013-), reproduisant, d’après des photos historiques, les arrangements floraux figurant sur les tables où ont été signés certains des traités de décolonisation, notamment ceux de la Côte d’Ivoire, de l’Ouganda et du Nigéria. Artiste canadienne, formée en anthropologie et religion comparée à l’Université McGill, Kapwani Kiwanga poursuit le fil de ses recherches pour l’exposition Sunlight by Fireside [Rayon de soleil au coin du feu], en créant un nouvel ensemble d’œuvres qui, dans le contexte actuel, suivant la récente Commission de vérité et réconciliation, ne peut que prendre une signification particulière.

Ce sont souvent des installations impliquant activement le spectateur que Kiwanga met en place afin de révéler l’existence de divers systèmes et structures d’exclusion, d’oppression et de contrôle. Ainsi, elle insiste sur l’importance d’éviter une attitude passive dans l’acquisition de connaissances, encourageant les visiteurs à expérimenter, participer, s’interroger, discuter, pour, ultimement, apprendre et se forger leurs propres idées. Ses projets déplacent le point de vue attendu sur une situation pour s’intéresser non plus aux acteurs eux-mêmes, mais aux objets ou actions sous-tendant ou représentant les relations de pouvoir qui sont ses objets d’études. Elle donne forme à ses investigations en usant symboliquement de matériaux et procédés – la terre, les fleurs, la toile d’ombrage, l’invisibilité et l’absence, la conférence et la transmission orale – aptes à véhiculer des significations politiques et sociales.

Dans le cadre de ce projet, Kiwanga, misant sur la rencontre et le partage, a choisi d’inviter les visiteurs à agir directement sur son installation, en manipulant les œuvres laissées à leur disposition dans la salle. Investissant tout autant le terrain du Musée que ses salles d’exposition et créant un pont entre son intervention intérieure et extérieure, elle a mis indirectement l’institution muséale à l’épreuve, la forçant à faire preuve de souplesse, d’ouverture et d’accommodements quant à ses protocoles. Un état d’esprit constructif qui, ultimement, s’apparente à celui qui devrait prévaloir lors de toute négociation entre acteurs ayant des intentions particulières. La voie de la critique institutionnelle n’est pourtant pas centrale dans la démarche de Kiwanga, qui vise ultimement ici à faire réfléchir à l’expérience coloniale dans sa globalité. Par l’entremise de matériaux comme la terre, la lumière et la toile d’ombrage, elle aborde les enjeux économiques et sociaux de la propriété du sol en lien avec l’extraction et l’exploitation des ressources naturelles.

 

Œuvre à la une :
© Kapwani Kiwanga, Sunlight by Fireside, vue de l’exposition du Musée d’art de Joliette, 2018.
Photo : Romain Guilbault
Avec l’aimable permission de l’artiste.

Biographie —

Née en 1978 à Hamilton, en Ontario, Kapwani Kiwanga vit et travaille à Paris. Après avoir fait des études en anthropologie et en religion comparée à l’Université McGill (Montréal, Canada), elle a participé au programme La Seine de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et a travaillé au Studio natio-nal d’art contemporain Le Fresnoy, à Tourcoing, en France. Elle a également été artiste en résidence à la Fondation MU, à Eindhoven, aux Pays-Bas, et à la Galerie La Box de l’École nationale supérieure d’art de Bourges, en France.
Lauréate du Frieze Artist Award (2018) et finaliste du Prix Sobey pour les arts (2018), Kapwani Kiwanga a présenté de nombreuses expositions individuelles : Galerie nationale du Jeu de Paume (Paris, 2014), Ferme du Buisson (Noisiel, 2016), London South Gallery (Londres, 2015), Fondazione Sandretto Re Rebau-dengo (Turin, Italie, 2017), Logan Art Center (Chicago, É.-U., 2017), The Power Plant (Toronto, Canada, 2017), Esker Foundation (Calgary, Canada, 2018) et Glasgow International (Glasgow, Écosse, 2018). Elle a également été invitée dans plusieurs manifestations et biennales internationales, telles que la Biennale internationale d’art contemporain d’Almeria (Espagne), la Nordic Biennial of Contemporary Art (Suède) et la Documenta 14 d’Athènes (Grèce).