Samuel Roy-Bois. La vie est un outil comme un autre

Commissaires : Anne-Marie St-Jean Aubre, Conservatrice de l'art contemporain, Musée d'art de Joliette et Charo Neville, conservatrice, Kamloops Art Gallery.

Du 18 juin 2022 au 5 septembre 2022

À propos —

Artiste de Québec installé en Colombie-Britannique depuis une quinzaine d’année, Samuel Roy-Bois rassemble pour cette exposition des œuvres issues de deux corpus indépendants. D’abord présentées par la Kamloops Art Gallery, les neuf photographies réalisées en 2016 lors d’une résidence en Allemagne captent chacune le bref instant où des objets banals tiennent en équilibre, formant des sculptures improbables. Les photographies viennent prouver que les assemblages, qui relèvent presque de la performance, aussi éphémères soient-ils, ont bien eu lieu. Étrangement, elles paraissent plus « réelles », plus irréfutables que la réalité qu’elles certifient. Les dizaines de sculptures récentes créées en taille directe ou formées par l’association de ce qui se trouve accessibles dans l’atelier ou dans l’environnement immédiat de l’artiste, élèvent quant à elles au rang d’œuvres d’art susceptibles de provoquer une expérience esthétique des matériaux autrement triviaux.

L’usage est ce qui différencie l’objet quotidien ou l’objet de design de l’œuvre d’art, traditionnellement conçue pour être appréciée par les sens et non pour remplir une fonction spécifique. Roy-Bois complexifie ces distinctions en détournant des objets utilitaires pour en faire des socles, des contrepoids ou tout simplement des composantes sculpturales en les positionnant d’une façon qui nie leur fonction. Il insiste ainsi sur le rôle déterminant que joue le contexte dans lequel se trouve un objet pour expliquer les comportements adoptés envers lui. N’est-ce que parce qu’ils sont exposés dans un musée que nous ne nous saisissons pas du seau posé au sol, que nous ne nous surprenons pas que le haut-parleur reste muet ou que l’imprimante, posée sur le côté, ne crache aucun document? Par ses œuvres, Roy-Bois souligne le pouvoir des institutions – les musées, mais aussi, plus largement, toutes les structures culturelles, technologiques ou physiques nous entourant – qui encadrent, voire formatent nos façons de nous conduire.

Créées en 2021 durant la pandémie, les nouvelles sculptures exposées au Québec pour la première fois sont le témoin des conditions très spécifiques ayant menées à leur conception. Leurs dimensions dépendent de l’espace de travail alors disponible ; leur fabrication est liée aux techniques maîtrisées à ce moment-là par l’artiste et des outils non spécialisés qui se trouvaient à portée de mains, comme une scie à chaîne, des serres ou des vis ; leur matérialité découle de rénovations effectuées dans sa maison, de la proximité avec une scierie ou encore de restes de productions antérieures, ici recyclés. Ces sculptures résultent d’une série de hasards et de coïncidences, de décisions prises dans un contexte où les moyens et ressources sont limités. Elles font réfléchir à l’idée de libre arbitre – le pouvoir d’agir à sa guise, suivant sa simple volonté – puisqu’elles exemplifient le fait que toute action est toujours tributaire de l’environnement dans lequel elle est s’inscrit. Si, en théorie, tout est possible, en réalité, notre capacité d’agir est déterminée par plusieurs facteurs largement hors de notre contrôle : le milieu dont on est issu, notre genre, nos moyens financiers, nos aptitudes, notre constitution physique, etc.

Ces œuvres s’apparentent ainsi à des portraits qui témoignent, matériellement, des possibilités offertes à l’artiste lors de ces quelques mois où il s’est rendu disponible, attentif aux opportunités offertes par son milieu de vie. Elles rappellent en un sens le rôle qu’on donne à la photographie, fixant sur le papier la mémoire d’un moment qui consiste en la somme des circonstances très précises permettant son avènement. Ces allers-retours entre sculpture et photographie, réalité tangible et virtuelle, accomplissements ou potentialités, ont nourri la pratique artistique de Samuel Roy-Bois ces dernières années, menant directement à la création des œuvres exposées à Kamloops puis à la Fondation Esker à Calgary. Au Musée d’art de Joliette, ce sont les nouveaux débouchés de ces réflexions qui forment le cœur de l’exposition.

Cette exposition est organisée en collaboration avec Kamloops Art Gallery, où s’est tenu Presences en 2019, un projet solo dédié à Roy-Bois. Ce projet a par la suite été présenté à la Fondation Esker, à Calgary, en 2020. La série photographique montrée ici à d’abord fait partie de cette première exposition.


Biographie —

Né à Québec en 1973, Samuel Roy-Bois vit et travaille actuellement à Lake Country, en Colombie-Britannique. Il est professeur agrégé en arts à l’Université de la Colombie-Britannique Okanagan, à Kelowna. Sa pratique porte sur une définition matérielle et conceptuelle de l’espace, et explore l’ascendant exercé par l’environnement bâti et les objets usinés sur notre façon de voir le monde. Ses sculptures, ses interventions installatives et ses œuvres photographiques abordent nos relations avec le matériel et les considérations philosophiques qui en découlent. Comment nous définissons-nous par les structures que nous créons? Notre existence se conçoit-elle hors de notre rapport à la matérialité? Les choses que nous construisons nous construisent-elles? Les œuvres de Samuel Roy-Bois ont fait l’objet de nombreuses expositions récentes, notamment à la Fondation Esker (Calgary), à la Polygon Gallery (Vancouver) et à la Kamloops Art Gallery. L’artiste a également produit plusieurs œuvres d’art public.


Images à la une :

© Samuel Roy-Bois, It’s Not Me (Bucket and Red Mesh), 2021. Photo : Samuel Roy-Bois