Semaine 1 : les trouvailles de l’équipe du MAJ

 

 

« J’ai donc commencé un travail sur les Filles du roi. Ces femmes sont perçues comme un ensemble. Elles n’ont pas de subjectivité. Elles sont essentiellement chair à observations, analyses, statistiques. Elles ont été les objets de tous les fantasmes, de toutes les interprétations et de tous les jugements. Leur histoire est un des lieux qui met le mieux en évidence le travail de construction d’une identité officielle aussi bien que la résistance à pareille construction. Elles sont un ensemble et pourtant c’est à la détresse de la solitude que je pense quand je lis leur histoire. Alors, et je ne sais pas pourquoi, j’ai voulu leur créer une individualité, une intimité surtout. Pour ce faire, j’ai recueilli quantité d’informations sur elles : familles, lieux, dates, fortune, détails généalogiques, biographiques, nécrologiques, trajets, anecdotes, témoignages.

 

Mais voilà, elles n’ont pas de visage. »

 

Monique Régimbald-Zeiber, Itinéraire de délestage, 2018, p. 11

 

Monique Régimbald Zeiber

 

Monique Régimbald Zeiber

Monique Régimbald-Zeiber, vues de l’exposition Les ouvrages et les heures, Musée d’art de Joliette, 2020. Photos : Romain Guilbault.

 

Le point de vue de Julie Armstrong-Boileau, responsable des communications et du marketing :

 

L’exposition de Monique Régimbald-Zeiber, Les ouvrages et les heures, actuellement en quarantaine au MAJ, me touche tout particulièrement. Ayant étudié en littérature avant de faire carrière en communication dans le milieu culturel, je trouve formidable la manière dont Monique Régimbald-Zeiber lie sa pratique de la peinture au contenu d’ouvrages historiques et littéraires et, en particulier, comment elle s’adonne à l’écriture en marge de sa pratique.

 

Monique peint des motifs, des peaux, des mots. L’une des œuvres de son exposition porte à réfléchir sur l’identité floue des Filles du roi. Elle a peint un portrait de chacune de ces filles. Chaque portrait est représenté par un motif sur un petit tableau, tout simplement. Chaque tableau est caché dans une bibliothèque d’où on ne peut les sortir. On regarde cet amas de petits tableaux, cette collection d’œuvres cachées, de visages inconnus, d’identités brouillées. Et on se rend compte qu’on vient d’ancêtres dont l’identité est incertaine. Abstraite.

 

L’abstraction, pour moi, c’est ce doute devant notre identité et la représentation qu’on peut s’en faire.

 


Itinéraire de délestage est publié aux Éditions les petits carnets, créées en 1997 par Louise Déry et Monique Régimbald-Zeiber. Ces éditions sont nées d’un désir d’instaurer, dans le milieu des arts, un espace d’écriture pour la pensée libre. Elles prennent le parti d’une forme et d’une manière propices à l’expérimentation et à la rencontre du texte et de l’image.

 


Commentaires

4 réponses à “Semaine 1 : les trouvailles de l’équipe du MAJ”

  1. Cher Musée, permets-moi de citer ici quelques mots empruntés à Monique Régimbald-Zeiber : « En art, l’athéisme et le modernisme auraient mené à l’afiguration et ainsi affranchi la peinture de son obligation de représenter la vérité[…]. Une afiguration est une image d’incertitude, une image ou l’idée de vérité se serait échappée. » Cette notion de l’afiguration me semblait pertinente afin d’appréhender la thématique de l’abstraction. Bonne quarantaine à toutes et à tous. Portez-vous bien!

    • Oui, Monique Régimbald-Zeiber aborde la question de l’abstraction à partir de toutes sortes d’angles. Ses écrits sont tellement riches. Merci pour le partage!! 🙂

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