Semaine 1 : les trouvailles de l’équipe du MAJ

 

L’édito d’Ariane Cardinal, conservatrice à l’éducation

 

Il est régulier, pour un guide, d’entendre lors de sa visite :

  • Mais qu’est-ce que c’est? Je n’y comprends rien!
  • C’est laid. Ce n’est pas de l’art!
  • Mon enfant de 4 ans est capable de faire la même chose!

Souvent, c’est que son groupe et lui se trouvent devant de l’art abstrait.

 


L’art abstrait est un mouvement international qui domine le XXe siècle. Il se positionne en rupture avec une vision traditionnelle de l’art comme une représentation fidèle de la nature. Il n’imite pas des sujets ou des objets du monde naturel, mais propose plutôt des formes et des couleurs pour elles-mêmes. Comme l’art figuratif représente la réalité, le public en comprend les codes, car il les a intégrés depuis l’enfance. Et si on se donnait la chance de mieux saisir les codes de l’art abstrait?

Laissons de côté la fonction décorative (je parle ici de décoration dans mon salon au-dessus du sofa) et parlons en termes d’émotions, d’intentions, de sensations, de messages ou tout simplement d’exploration matérielle ou gestuelle. On travaille si fort à ne pas juger un livre à sa couverture ou un humain a son apparence… ne devrions-nous pas creuser un peu plus loin aussi pour les œuvres d’art?! Cet artiste, il voulait vous émouvoir ou vous choquer ou peut-être jouer avec votre perception des formes et des couleurs… Réfléchissons plutôt à l’effet de cette œuvre sur vous! Je vous donne un exemple avec la série des grandes nudités de Monique Régimbald-Zeiber.

 

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Tout d’abord, quand j’ai vu ces œuvres, j’ai pensé aux toiles monochromes. Comme Monique Régimbald-Zeiber fait de nombreuses références à l’histoire de l’art, je me suis dit qu’elle explorait ici les teintes de beige et abordait, à sa façon, la brisure (ou le renouveau) qu’a entraîné cette pratique. Puis, en regardant bien, j’ai distingué des taches et des lignes. Monique Régimbald-Zeiber a peint tout en transparence plusieurs couches de peinture, laissant apparaître subtilement ces éléments… qui rappellent étrangement la peau humaine. Les taches de peinture deviennent des taches pigmentaires ou des ecchymoses et les lignes prennent l’allure de vergetures ou de varices. On dirait presque des photographies en gros plans! En fait, bien qu’au départ je considérais ces œuvres abstraites, j’avais maintenant l’impression de regarder d’immenses peaux tendues et d’entrer dans l’intimité de quelqu’un, d’être un peu voyeuse. J’ai ressenti du dégoût et… de l’attirance, peut-être même de la fascination.

Je doute qu’un enfant de 4 ans puisse faire la même démarche et accomplir un tel effet.

6 réponses à “Semaine 1 : les trouvailles de l’équipe du MAJ”

  1. C’est la que la présence d’un guide prend toute sa pertinence.Nous avons la chance de rencontrer les artistes avant,on découvre leurs démarches,leurs émotions,leurs intentions.Avec la transmission de quelques-unes de nos données,le visiteur arrive assez facilement à apprécié et découvrir l’œuvre.

    • Tu as raison Pierre!
      C’est pour ça que j’aime le terme « médiateur ».
      Tu fais le pont entre l’oeuvre et le public, entre l’artiste et le public.

      Et tu fais un super pont ! 😉

  2. L’art abstrait a toujours été intéressant à découvrir avec les jeunes du camp de jour autant au niveau de l’observation que du côté de l’action. Les visites en salles étaient très animées, et les petits artistes laissaient leurs imaginations déborder dans tous les sens afin de percevoir cette matière contradictoire qui se cachait dans les œuvres. Les concepts mystérieux d’artistes et leur allure tangible sur toile questionnaient beaucoup les enfants. Ils réagissaient parfois avec incompréhension, à d’autres moments ils rigolaient, mais surtout l’apprentissage était au rendez-vous.
    Avec différentes activités, les enfants ont exploré des matériaux insolites, de nouvelles façons de créer et un laisser-aller extraordinaire. Leur fierté dépassait grandement la réussite du dessin morphologique « commun » qu’ils ont l’habitude de faire, et c’était beau à voir. Ils portaient attention aux couleurs, aux textures, aux différents mouvements, aux réactions des médiums parfois avec quelques contraintes et d’autres fois avec une liberté magnifique. C’est ainsi qu’un enfant découvre l’art sans avoir trop de pression et le plus important en s’amusant.

    • Oh oui! Et quel plaisir de voir, les animateurs du camp, en compagnie des enfants dans les salles d’exposition ! Ça met de la vie dans le Musée!

  3. Les enfants ont une vision très intéressante de l’art abstrait. Contrairement aux adultes, ils ne « bloquent » pas leur imagination, ils voient au-delà de l’oeuvre. Où certaines personnes n’y voient que des formes et des couleurs, les enfants y voient une histoire, un nouveau monde, un autre univers. Leur ouverture d’esprit est fascinante ! Ils sont un excellent public pour les visites en salle et nous font même réfléchir avec toutes leurs observations. Généralement, ils ont même une préférence pour l’art abstrait, car souvent, les techniques diverses les interpellent, les impressionnent et les couleurs et la composition les attirent, surtout s’il y a des effets d’optique !

    • C’est vrai! Dans Les Îles réunies, les enfants sont attirés comme des aimants par Récifs de Patrick Coutu ou Grandes pulsions II de François Lacasse. Ils y voient pour le premier une ville engloutie et de grands vers de terre pour le second!

      C’est beau l’imaginaire des enfants!

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