Semaine 2 : Les trouvailles de l’équipe du MAJ

L’édito d’Émilie Grandmont Bérubé, conservatrice des collections du Musée d’art de Joliette

 

Les nouveaux territoires de connaissances et d’expérimentation

Étonnamment, on perçoit souvent l’art et la science comme étant aux antipodes l’un de l’autre alors qu’il y a pourtant de nombreux (et très intéressants !) parallèles à faire entre la pratique des artistes et celle des scientifiques.

Tous deux observent, avec beaucoup d’humilité, le monde qui les entoure. Alors que les scientifiques tentent d’analyser différents phénomènes afin de les comprendre et de les expliquer, les artistes se posent en miroir de notre société et utilisent une variété infinie de médiums pour traduire de façon tangible et poétique ces mêmes phénomènes.

Les scientifiques autant que les artistes créent quelque chose de complètement nouveau en s’appuyant sur la somme des connaissances qui les précède.  Par exemple, les chercheurs qui s’occupent à développer un nouveau vaccin contre l’épidémie de la COVID-19 poursuivent le travail déjà fait, partagent leurs découvertes et tentent de défricher de petites parcelles de nouveaux territoires de connaissances. Ils se basent sur la recherche qui existe déjà en lien avec d’autres virus et tentent de l’adapter à la nouvelle menace à laquelle nous faisons face actuellement.

De la même façon, les artistes poursuivent les démarches entreprises par leurs prédécesseurs : à la Renaissance, les artistes se sont passionnés pour l’archéologie et les sculptures de l’Antiquité alors découvertes. L’art abstrait n’aurait pu exister dans les expérimentations cubistes et nombreux sont les artistes contemporains qui plongent avec plaisir dans l’histoire de l’art, de la musique, de la littérature ou du cinéma pour en réinterpréter et déconstruire les codes.

Loin d’être réfractaires à la science, les artistes sont en symbiose avec les croyances et connaissances de leur époque. Ils sont non seulement à l’affut des découvertes, mais souvent les pressentent.

Littérature et cinéma ont souvent croisé, et croisent encore souvent, la science dans des œuvres marquantes, qu’on songe seulement à celles de Jules Verne, d’Isaac Asimov ou encore de Denis Villeneuve avec son film Arrival. Ce dernier s’avère particulièrement prophétique : une menace planétaire, devant laquelle les humains doivent choisir entre le repliement sur soi ou la cohésion globale…

Les arts visuels en particulier ont été sensibles aux découvertes techniques et scientifiques. Depuis la préhistoire (pensons aux grottes de Lascaux), les artistes n’ont de cesse de nous surprendre et d’innover, tant dans leur représentation du monde que dans leur utilisation des matériaux. Déjà 30 000 ans avant notre ère, l’homme utilisait l’ocre et le charbon pour représenter les animaux pleins de vie qui formaient l’essentiel de sa survie.

Les révolutions scientifiques majeures ont très souvent coïncidé avec la naissance de nouveaux courants artistiques :

  • L’apparition des instruments d’optique a permis aux peintres de la Renaissance (dont Léonard de Vinci est un exemple célèbre) de représenter efficacement la perspective.
  • L’histoire de l’estampe est intiment liée à l’invention de l’imprimerie au 15e siècle qui permettra la circulation de nombreuses œuvres d’art largement reproduites et diffusées (bien avant Facebook et Google Image !).
  • L’arrivée de la photographie au 19e siècle chamboule tout à coup l’une des principales fonctions de la peinture : représenter le réel. C’est dans ce contexte que naissent entre autres les impressionnistes, ces peintres de la lumière qui cherchent à traduire la sensation de la nature, son impression.
  • Quand on y pense, les impressionnistes – et encore plus les pointillistes – ont saisi les fondements de l’image créée à partir de pixels bien avant que nos ordinateurs ultra-perfectionnés ne puissent les reproduire à grande échelle.

Plus près de nous encore, de nombreuses œuvres de notre collection explorent ces liens entre l’art et la science. Pensons, entre autres, à Nicolas Baier dont l’œuvre Étoile (noire), présentée dans notre exposition permanente, reproduit une énorme masse sombre, n’évoquant rien de moins que l’univers et les origines de la création. Baier s’intéresse à l’astrophysique. Il connait l’hypothèse selon laquelle les météorites dites « carbonées », des résidus de noyaux de comètes, seraient à l’origine de la vie. Ces pierres originelles âgées de milliards d’années contiennent des acides aminés, ces molécules élémentaires du vivant sur Terre. Pour créer cette sculpture, Baier a utilisé un nodule de météorite provenant du célèbre canyon Diablo, en Arizona. Il l’a scanné, puis agrandi à l’ordinateur pour ensuite le reproduire en stéréolithographie, une technique d’impression 3d qui permet de fabriquer des objets solides à partir d’un modèle numérique. La surface de la sculpture a ensuite été recouverte de graphite commercial.

On peut aussi s’attarder à l’œuvre Récifs de Patrick Coutu qui fait aussi partie de notre exposition permanente. Plusieurs œuvres de cette série faisaient notamment partie de la première exposition bilan de l’artiste que nous avons présenté au Musée l’automne dernier.

Cette sculpture est directement inspirée des mathématiques, plus spécifiquement du principe d’autopoïèse, qui définit l’évolution de systèmes autonomes, récursifs et en réponse à leur environnement. Dans le cas des Récifs, Coutu s’intéresse à la croissance d’organismes végétaux. Il altère des équations dérivées de ce phénomène qu’il transpose ensuite en trois dimensions.

Il n’est pas anodin que le bronze, matériau qui traverse le temps et l’histoire de l’art, ait été choisi pour la création de ces sculptures. Les étapes de production, nombreuses, complexes et minutieuses, reflètent en quelque sorte le temps long du développement des récifs coralliens.

On le voit, art et science se rejoignent sur de nombreux points. Si l’art se nourrit des découvertes scientifiques, l’inverse est aussi vrai. Notre équipe est justement en train de travailler à un excitant projet de cours d’art pour les étudiants en médecine afin de développer autrement leur esprit d’observation et d’analyse.

 

Soulever de nouvelles questions, de nouvelles possibilités, regarder les vieilles questions sous un angle nouveau exige de l’imagination créative et marque les progrès réels.

Albert Einstein

 


Quelques liens intéressants selon Émilie Grandmont Bérubé au sujet du thème de l’art et de la science :

 


 

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