Semaine 3 : Les trouvailles de l’équipe du MAJ

 

L’édito d’Émilie Grandmont Bérubé, conservatrice des collections du Musée d’art de Joliette

 

Spontanément, lorsqu’on aborde la question de la force de la nature dans l’histoire de l’art, plusieurs œuvres nous viennent en tête, le paysage étant un motif qui a largement inspiré les artistes. On peut notamment penser au Groupe des sept qui a introduit la modernité dans l’art canadien, modernité qui ici s’est largement exprimée par l’exploration du paysage.

On pense évidemment à la notion du sublime, fortement exploitée par les peintres romantiques qui mesuraient l’immensité de la nature à la petitesse de l’être humain dans un rapport d’échelle presque démesuré.

La riche collection du MAJ recèle de nombreux exemples de cette modernité canadienne « paysagesque », mais l’un des axes principaux de collectionnement du Musée est l’art contemporain. Comment les artistes actuels exploitent-ils ce rapport au paysage? Évidemment, il y a autant de réponses qu’il y a d’artistes, et j’ai envie de vous présenter aujourd’hui une série de vidéos de l’artiste Anne-Renée Hotte, dont nous venons de faire l’acquisition.

En toute modestie, j’avoue que c’est un travail que je connais particulièrement bien, car avant d’être conservatrice au MAJ, j’ai été galeriste pendant dix ans et Anne-Renée Hotte était l’une des artistes que je représentais. Je vous rassure, le processus d’acquisition était bien entamé à mon arrivée au Musée et je n’ai pas fait partie des discussions. Le travail de Hotte parle de lui-même et s’inscrit parfaitement dans les axes de collectionnement du MAJ.

Nous sommes très fiers d’avoir acquis l’entièreté de la série Toutes les familles heureuses se ressemblent. Il s’agit de onze œuvres vidéo s’articulant comme autant de portraits de famille, des scènes dans lesquelles le paysage joue un rôle prépondérant.

 

Anne renée Hotte

 

Ces œuvres exposent de puissants liens familiaux ancrés dans un paysage naturel choisi avec soin. Nature humaine et nature physique : deux forces se croisent ici, aussi importantes l’une que l’autre.

Installées sur des écrans cachés derrière un mur, les onze vidéos présentées en boucle se déploient comme un mur de photos de famille, chaque vignette nous plongeant dans l’intimité de petites cellules familiales. Les protagonistes, installés en pleine nature sur une plaque rotative, tournoient doucement sur eux-mêmes dans une valse lente qui nous plonge dans l’intimité de ces relations et nous ramène à l’essence même de la famille. Jamais parfaitement immobiles, ces duos (surtout) tiennent la pose tout en laissant le naturel de la relation prendre le dessus : la main de la fille qui caresse doucement le bras de sa mère, l’enfant qui s’endort dans les bras de la sienne, la complicité visible d’un père et son fils… La tendresse et les tensions qui naissent des différentes relations sont palpables et l’enveloppante bande sonore qui accompagne les vidéos semble littéralement nous plonger dans une boîte à musique.

Le lieu naturel où se situe chaque scène est plus qu’un décor : il est un personnage central et silencieux participant à chacun de ces instants. Anne-Renée Hotte a refait plus d’une fois certaines scènes afin que, justement, le paysage corresponde parfaitement à la relation mise en scène. L’immensité de la nature neutralise et idéalise à la fois les liens entre les personnages, nous tenant à distance et nous empêchant de réellement entrer en contact avec leur vécu, leur histoire. Une façon de se situer dans un univers plus grand dont nous ne sommes pas le centre…

Le titre de cette série est tiré de la toute première phrase du roman Anna Karénine, de Tolstoï : « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon ».  Nature et famille ne viennent pas sans danger. La période troublée que nous vivons actuellement nous rappelle de les apprécier autrement, avec bonheur… et précaution.

 

 


+ Suivez Anne-Renée Hotte sur instagram : @annereneehotte

+ Lire la critique de l’exposition Toutes les familles heureuses se ressemblent de James Campbell dans Magenta Magazine (en anglais)

+ Voyez quelques images de sa plus récente exposition chez Axnéo7 à Gatineau

 

 


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4 réponses à “Semaine 3 : Les trouvailles de l’équipe du MAJ”

  1. Chère Émilie, j’ai beaucoup apprécié lire ton article. Merci de nous faire découvrir cette artiste de si belle façon. Cette vidéo est très touchante… elle nous invite à imaginer l’histoire de chacun de ces duos… C’est une très belle acquisition pour le Musée de Joliette.

    • Chère Monique,

      Merci pour vos bons mots qui sont très appréciés, nous sommes très fiers de cette nouvelle acquisition !

      Vous avez tout à fait raison, toute la force de cette œuvre réside dans cet accès à l’intimité des relations, qui nous fait aussi comprendre à quel point ces liens sont universels…

      Je suis ravie d’avoir pu vous faire découvrir ce travail !

  2. Vraiment touchant! Tout est en harmonie. Effectivement, la nature est bien choisit pour le message transmit par les personnes. Je suis émue!

    • Bonjour Madame Siminaro,
      Merci de prendre le temps de partager votre appréciation, ça nous touche beaucoup!
      Bonne journée.
      L’équipe du MAJ

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