Dessiller : s’ouvrir au hors-champ

Commissaire : Anne-Marie St-Jean Aubre

Du 5 février 2022 au 15 mai 2022

À propos —

« Ce mur-là, explique gentiment Shawerim, t’empêche de voir. Moi, ça m’empêche de voir, mais aussi d’être vue. »
Shawerim Coocoo, dans le documentaire Le mur invisible (2020), réalisé par Laurence B. Lemaire.

Le cadre est un outil tant matériel que conceptuel, qui sert littéralement et métaphoriquement : il dirige l’attention en délimitant les pourtours d’une image, évacuant son hors-champ, ou sert de limites assignées à un sujet, à un pouvoir, à une identité. En ce sens, sortir du cadre équivaut à sortir du placard ou à défoncer le plafond de verre, c’est-à-dire à refuser les désignations, les modèles et les définitions pour s’affirmer et prendre sa place. À travers leur emploi de la photographie, de la sculpture, de la performance, du textile, du collage et de la vidéo, les artistes Lorna Bauer, Marie-Claire Blais, Nadège Grebmeier Forget, Alicia Henry, Tau Lewis, Michaëlle Sergile et Eve Tagny défient chacune à leur façon les conventions et les normes prescrites. En variant les points de vue, leurs œuvres dialoguent avec le hors-champ. Elles résistent aux confinements qui concernent autant les idées que les espaces dédiés aux sujets qui s’identifient comme femmes. Ainsi, devant les œuvres, nous sommes invités à prendre conscience des œillères qui sous-tendent nos jugements – ces « murs qui nous empêchent de voir » – et à s’interroger sur les façons d’être et de paraître de celles qui s’identifient comme femmes. Les stratégies esthétiques adoptées par les artistes dépassent les enjeux de la représentation et proposent des explorations matérielles et formelles qui figurent autrement les pressions exercées sur les corps, situés à l’intersection de plusieurs champs de forces.

 

Anne-Marie St-Jean Aubre, commissaire


Images à la une :

Tau Lewis, Opus (The Ovule), 2020. Courtoisie de Tau Lewis et de la Night Gallery, Los Angeles. Photo : Nik Massey.

Alicia Henry, Brown, Red, White, and Blue, 2012 – 2015, techniques mixtes, 45,72 x 32,02 cm / 584,64 x 396,24 cm (taille variable).

Lorna Bauer, Lung, 2020, verre soufflé, métal, 72,2 x 40,64 cm.


Artistes :
Lorna Bauer, Marie-Claire Blais, Nadège Grebmeier Forget, Alicia Henry, Tau Lewis, Michaëlle Sergile, Eve Tagny.


Biographie —

Lorna Bauer vit et travaille à Montréal. Représentante du Québec pour le prestigieux Prix Sobey en 2021, elle développe depuis plusieurs années un corpus d’œuvres photographiques et sculpturales qui s’attardent aux liens développés entre les êtres humains et leur environnement vécu.

Basée à Montréal, Marie-Claire Blais a entrepris ces dernières années la production d’un ensemble d’œuvres qui activent, chacune à leur manière, les différentes façons dont nous appréhendons formes et espaces et les organisons dans notre mémoire perceptuelle. Elle a étudié l’architecture à l’Université de Montréal avant de se consacrer à temps plein à sa pratique d’artiste visuelle.

Circulant dans le milieu des arts visuels et des arts vivants en tant qu’artiste interdisciplinaire, Nadège Grebmeier Forget se distingue par une pratique qui repose sur la manipulation autonome et performative de son image. Elle est la première artiste de performance à recevoir le Prix Pierre-Ayot (2019) de la Ville de Montréal, décerné en partenariat avec l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC).

Alicia Henry vit et travaille à Nashville aux États-Unis, où elle enseigne à l’Université Fisk. Elle s’intéresse aux enjeux de la beauté, du corps et de l’identité, aux complexités, différences et contradictions qui les informent et qui affectent tant les groupes que les individus singuliers. Récipiendaire de plusieurs bourses et prix, elle a fait l’objet d’une exposition solo au Power Plant à Toronto en 2019.

L’impulsion derrière le travail de Tau Lewis consiste en un désir de guérison. Par son processus laborieux et méditatif, elle vise à panser les blessures liées aux traumatismes individuels et collectifs vécus par la diaspora africaine. Originaire du Canada, elle est présentement basée à New York.

Le travail de Michaëlle Sergile s’inspire des textes et des ouvrages de la période postcoloniale de 1950 pour proposer une réécriture par le tissage de l’histoire des communautés noires, et plus précisément de celle des femmes. Elle vit et travaille à Montréal.

Eve Tagny, formée en cinéma et en journalisme, s’intéresse aux paysages entravés et aux jardins, qu’elle considère comme des sites de mémoire. Sa pratique photographique, installative, textuelle et performative met en dialogue les cycles qui régissent la nature et les expériences de deuil et de résilience. Récipiendaire de la bourse Plein Sud (2020), elle vit et travaille à Montréal.