Musée d’art de Joliette

Musée d’art de Joliette

Un séjour de Jean Paul Lemieux en Bretagne

Peu d’artistes québécois ont bénéficié d’une reconnaissance aussi large que Jean Paul Lemieux, dont les œuvres figurent aujourd’hui dans plusieurs collections publiques québécoises et canadiennes ainsi que dans de nombreuses collections privées. L’émergence relativement tardive du style si caractéristique qui a fait sa renommée a toutefois relégué dans l’ombre de vastes pans d’une production encore méconnue. Les aquarelles réalisées en Bretagne en 1955 en offrent un exemple éloquent.

Le séjour breton de Lemieux vient clore une année d’étude en France. Or, c’est précisément à son retour au Québec que s’amorce la période dite « classique » de l’artiste. Lemieux dira alors s’être détaché du « sacro-saint » lien avec la France, qu’il jugeait aliénant, et avoir enfin trouvé la place qu’il cherchait dans la peinture québécoise — ce que Gabrielle Roy, dans un article paru en 1963 dans Vie des Arts, nommera les terres nouvelles de Jean Paul Lemieux. En somme, Lemieux « devient Lemieux » à partir de 1956, tout juste après son retour de Bretagne.

La présence, à Saint-Gildas, de deux écrivaines appelées à occuper une place majeure dans les lettres francophones — Gabrielle Roy, déjà lauréate du prix Femina en 1947, et Anne Hébert, qui le recevra à son tour en 1983 — constitue un autre aspect remarquable de ce moment. Elle met aussi en lumière l’importance des femmes dans l’univers culturel de Lemieux. En juin, les Lemieux, qui ont loué une maison à Saint-Gildas, retrouvent Gabrielle Roy, déjà installée dans le village voisin de Port-Navalo, qu’elle quittera au début de juillet. Anne Hébert rejoint ensuite ses amis à Saint-Gildas, où elle séjourne quelques jours avant de poursuivre sa découverte de la France. Une autre écrivaine de premier plan, Marie Le Franc, également lauréate du prix Femina en 1926 et originaire de Sarzeau, y séjourne à cette époque. Lemieux la croisera brièvement en compagnie de Roy.

Cette conjoncture singulière fait de la brève période passée par Lemieux en terre de Rhuys un moment d’exception, véritable « champ à découvert », qui appelle une recherche approfondie. À travers un corpus très rarement présenté, cette exposition invite le public à découvrir une facette inédite du peintre québécois et à mesurer la richesse et la diversité de son parcours.

Commissaire : Michel Paradis, conservateur au Musée d’art de Joliette (1989-1990)

Artistes

Jean Paul Lemieux, Suzanne Bergeron, Sylvia Daoust, Simone Hudon, Marcella Maltais et Jori Smith

Biographies

Jean Paul Lemieux

« Peintre, illustrateur, professeur et critique d’art, Jean Paul Lemieux (1904-1990) est une figure centrale de la modernité canadienne. Sa peinture marque la grande aventure de la figuration au vingtième siècle. Elle est l’œuvre d’un artiste qui évolue en marge des principaux mouvements de son temps. Né à Québec, Lemieux décide de pratiquer et d’enseigner dans sa ville natale. C’est de là que son art et sa pensée rayonneront pendant plus d’un demi-siècle. »

Grandbois, Michèle. (2016). Jean Paul Lemieux : Sa vie et son œuvre, Institut de l’art canadien. Récupéré de www.artbooks.artcanada.com.

Michel Paradis

Au Musée d’art de Joliette, Michel Paradis a travaillé comme conservateur de la collection sur divers projets d'expositions portant sur l’art canadien et québécois. Il a réalisé l’exposition Présence des ivoires religieux dans les collections québécoises (1990) et son catalogue, avant de compléter un doctorat sur les sculptures en ivoire de la période gothique.

De 1989 à 2007, il a enseigné l’histoire de l’art canadien à l’UQAM et à l’Université Bishop’s. En 1991, il rejoint le Collège Montmorency, où il enseigna à temps complet de 1996 à 2017, se spécialisant en documentation des collections et en conservation préventive du patrimoine.

Il a mené des formations in situ, notamment dans les communautés religieuses de Montréal, et comme coopérant en Haïti et en Guadeloupe. Il a aussi participé aux Conférences générales de l’ICOM (Rio 2013, Milan 2016) et pris la parole à divers congrès professionnels québécois.