
Acte de préservation de notre patrimoine : restauration d’une sculpture d’Alfred Laliberté
par Nathalie Galego, conservatrice adjointe aux collections du Musée d'art de Joliette
25 mars 2024
En janvier dernier 2024, le Musée d’art de Joliette accueillait l’œuvre Le Sculpteur Romanesque (1949) d’Alfred Laliberté, de retour d’une restauration réalisée par les professionnels du Centre de conservation du Québec (CCQ).
Artiste incontournable de l’histoire de l’art canadien et québécois, dont la prolifique production a fait l’objet d’une importante diffusion par le biais d’expositions et de publications, Alfred Laliberté tient une place enviable dans la collection du MAJ avec trente-neuf œuvres qui témoignent de la diversité de son travail.
Le Sculpteur Romanesque réunit deux thématiques chères à Laliberté : l’allégorie et l’image traditionnelle du sculpteur que l’on pourrait simplement définir comme l’allégorie de la sculpture ou encore le sculpteur à l’œuvre. Tout à fait représentative de cette iconographie, l’œuvre matérialise l’idée de l’élan créatif, cet instant où l'artiste donne vie à son travail. Souvent exploité par Laliberté, ce thème a donné naissance à un bon nombre d’œuvres, notamment Le Réveil (vers 1940), Le fils de ses œuvres (vers 1926) et de plusieurs autoportraits. D’ailleurs, l’homme représenté dans cette sculpture comporte les traits de Laliberté.


Resté à l’état d’ébauche, l’objet est unique en raison de son matériau. Elle témoigne du processus de création d’une sculpture : de l’ébauche à l’œuvre finie. En effet, les modèles en terre crue étaient voués à disparaître dans le processus de moulage. Puisque les sculptures de Laliberté étaient généralement destinées à être reproduites en plusieurs exemplaires en bronze ou en plâtre, nous pouvons supposer que Le Sculpteur Romanesque n’a pas trouvé preneur auprès des collectionneurs et des amateurs d’art de son époque. À ce jour, on ne connaît aucune œuvre finie et basée sur cette esquisse, ce qui confirme son unicité.
La nature de cette œuvre a soulevé d’importants enjeux de restauration, car l’argile crue est à la fois friable, cassante et poreuse. La rétractation qu’induit l’argile lors du séchage contribue à la fragilité de l’œuvre, devenant encore plus friable avec le temps. Le modelage à la boulette assemblée par pression et les morceaux d’argile non amalgamés les uns aux autres ont généré une faiblesse structurelle. Ajoutons que le poids de l’argile a occasionné une tension supplémentaire sur la base, conférant à l’œuvre un caractère autodestructif.
Différentes interventions ont été impossibles ou n’ont pas donné de résultat probant. Les restaurateurs ont dû procéder à de nombreux tests par essais-erreur. Finalement, ils ont réussi à stabiliser la sculpture qui a pu retrouver son intégrité. Cela dit, malgré l’incroyable travail des restaurateurs, Le Sculpteur Romanesque demeure très fragile. Elle nécessite de grands soins et entraîne une limitation de ses manipulations. Nous profiterons ainsi de cet objet unique un peu plus longtemps.
Pour de plus amples informations sur l’œuvre ou sur la conservation-restauration, je vous invite à lire les articles disponibles sur le site de Musée d'art de Joliette.