Musée d’art de Joliette

Musée d’art de Joliette

Anahita Norouzi
Rift

Anahita Norouzi. Rift est un double projet d'exposition qui interroge la notion de « progrès » comme instrument de domination coloniale à travers l'histoire de l'exploitation pétrolière en Iran. Si le projet de l'artiste émane de l'examen ciblé d'un contexte historique et géopolitique particulier, il contribue à ouvrir plus largement la réflexion sur le contexte actuel, alors que les problématiques croisées de l'appropriation et de l'extraction abusive des ressources de la planète entrainent un déséquilibre planétaire, mettent en péril des populations et perturbent le destin humain. Dans ses nouvelles œuvres filmiques et installatives, l'artiste adopte une démarche de contre-prospection pour examiner comment les infrastructures pétrolières et culturelles ont été déployées conjointement pour contrôler corps et esprits.

Au Musée d'art de Joliette, une première exposition, Un hameçon enfoncé dans la peau, s'articule autour d'une vidéo à deux canaux tissant entre elles des images des films British Petroleum's Persian Story (1951) et The Deer (1974). Sous le titre False Arrivals, l'artiste associe les bouleversements de la ville d'Abadan lors de la crise qui a conduit à l'expulsion des sociétés pétrolières britanniques, à la tragédie du cinéma Rex incendié lors de la projection du film The Deer. S'y révèle la tension entre promesse impériale et basculement révolutionnaire. Le film s'accompagne d'une nouvelle installation, Incomplete Burning – un assemblage de briques d'argile et de briques de verre teintées de rouge, moulées à partir d'empreintes relevées sur les murs calcinés du Cinéma Rex. Disposés dans l'espace comme des ruines à traverser, ces volumes portent l'empreinte de la combustion et de la décomposition, agissant comme témoins matériels d'une histoire enfouie.

La Galerie de l'UQAM propose quant à elle Avaler le soleil avec en primeur un film du même titre explorant la modernisation coloniale du sud-ouest de l'Iran par British Petroleum. Face à la ruine écologique et à la dépossession, l'œuvre imagine la région comme espace de possibilités spectrales et mythiques. De plus, une installation sculpturale contigüe au film interroge les notions de circulation et de déversement et évoque la métaphore de toute une infrastructure établie sur les capitaux, les oléoducs, le pétrole, la sueur des travailleurs, les sites extractifs fissurés et souillés, l'effondrement écologique, la fuite. L'installation prend forme dans le corps même de la Galerie, dans son système d'aération, dans les échanges d'air entre extérieur et intérieur, dans la condensation et la récupération des « sueurs » qui s'effectuent et dans la corrosion lente qui résulte des fissures et des fuites. Pour l'artiste, « l'air conditionné et acheminé par des conduits dans la galerie fait partie des débris impériaux : un appareil en fonctionnement qui perpétue les modes de contrôle impériaux (enfermement, circulation, stabilisation des intérieurs) plutôt qu'une condition post-impériale ».

Commissaires : Ariane De Blois et Louise Déry

Partenaires

Une coproduction du Musée d'art de Joliette et de la Galerie de l'UQAM.

L'exposition à la Galerie de l'UQAM sera présentée du 6 novembre 2026 au 16 janvier 2027. Pour plus d'information, visitez le site web de la Galerie de l'UQAM.

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