« La crise actuelle de la communauté est une crise de la résonnance. La communication numérique est composée de chambres d’écho dans lesquelles on s’entend avant tout parler soi-même. »
Byung-Chul Han, La disparition des rituels. Pour une topologie du temps présent, 2025.
L’espace minimaliste créé par Patrick Bérubé se déploie à travers des camaïeux de blancs et de roses, un ensemble subtil d’interventions in situ et d’objets. D’œuvre en œuvre, les tracés ainsi que les matériaux laissent deviner un travail précis des mains et du temps. Ces pièces ont pris forme au fil des mois, voire des années, au gré des expérimentations, des discussions et des rencontres avec des artisan·e·s et collaborateur·rice·s. La croissance du mycélium, la fabrication de la soie et des teintures naturelles, le tissage, la couture, l’embossage, la fonte et le moulage des matières : la délicatesse et la lenteur inhérente aux processus inspirent le respect, elles invitent à méditer le temps.
(Ce)pendant, première exposition individuelle muséale de Patrick Bérubé, agit comme une archéologie du présent, où les strates de l’histoire et les couches de significations s’accumulent. Les ruines, ensevelies ou à ciel ouvert, rappellent les héritages du passé, l’entrecroisement des peuples et des cultures. Les architectures enfouies sous les champs se révèlent à vue d’oiseau, motifs surnaturels qui évoquent autant les configurations fascinantes du monde végétal que les circuits électroniques. Artefacts par excellence de l’époque contemporaine, ils deviennent motifs, puis symboles de nos univers numériques.
L’environnement créé par Bérubé s’inspire des configurations traditionnelles des salons de thé japonais et de leurs cérémonies rituelles. Par essence, le rituel instaure un profond respect, une union presque spirituelle à la nature, aux objets et aux gens. La rencontre avec l’autre s’y fait dans le silence, dans le déroulement minutieux des gestes, qui produisent une « communauté en résonnance capable de trouver une harmonie et un rythme commun » (Han). Ici, l’artiste invite au repos contemplatif : éprouver la durée, regarder avec sincérité, entrer en résonnance avec les objets et les gens. Laisser l’âme se taire un moment pour laisser la place aux gestes partagés. Laisser de côté la performance de soi et le narcissisme collectif pour songer, peut-être un jour, à vivre dans une « coexistence intense ». Penser ensemble une véritable communauté sociale et même un réenchantement du monde.
Après Autre/Fois présentée en 2024 au Centre d’art de Kamouraska, qui s’intéressait aux traditions et aux héritages culturels, (Ce)pendant est le deuxième volet d’une trilogie, dont la dernière exposition, Ainsi de suite, aura lieu à Plein sud art actuel à l’automne 2026.
Commissaire : Marianne Cloutier
Biographies
Patrick Bérubé
Patrick Bérubé a obtenu une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal en 2005. Son travail a été remarqué sur la scène nationale et internationale par ses participations à de nombreuses expositions et événements majeurs, notamment à New York, Berlin, Londres et au Luxembourg. Il compte également plusieurs séjours en résidence d’artiste dont la Cité internationale des Arts à Paris, le Hangar à Barcelone, aussi à Bordeaux, Strasbourg et plusieurs autres. Membre actif du Centre Clark à Montréal, il a réalisé plusieurs œuvres d’intégration à l’architecture (1%).
Marianne Cloutier
Détentrice d’un doctorat en histoire de l’art, Marianne Cloutier est commissaire indépendante, autrice et enseignante basée à Tiöhtià’ke / Mooniyang / Montréal. Elle s’intéresse aux multiples enjeux relatifs au vivant en art contemporain ainsi qu’aux croisements entre arts et sciences. Elle a signé plusieurs expositions à titre de commissaire indépendante, dont les plus récentes sont Configurations à Plein sud, qui présente le travail de Nicolas Grenier, et la 5e édition de Regarde! qui réunit le travail de trente-cinq artistes autour du thème des utopies et dystopies du futur. De juin 2023 à octobre 2024, elle a occupé le poste de conservatrice de l’art contemporain par intérim au Musée d’art de Joliette et depuis juillet 2025, elle est directrice artistique de la Fondation Grantham pour l’art et l’environnement.