Musée d’art de Joliette

Musée d’art de Joliette

la clarté creuse les montagnes

Ces espaces du possible enfouis en nous sont obscurs parce que anciens et cachés; ils ont survécu et se sont renforcés grâce à cette obscurité. Au cœur de ses profondeurs, chacune d’entre nous tient entre ses mains une réserve époustouflante de créativité et de puissance, d’émotions et de sensations vierges et inexplorées.

– Audre Lorde

Que peut l’art face à l’adversité du monde?

C’est en explorant cette question, vaste et récurrente, que ce projet d’exposition a pris forme. Si l’art ne peut réparer le passé ni guérir le réel, force est d’admettre que sa nécessité vitale a maintes fois été formulée à travers le temps. « La poésie n’est pas un luxe », affirmait en ce sens la poétesse et militante queer afroféministe Audre Lorde. Pour elle, la poésie est un espace de transformation, le levier d’une conscience libre, d’où peuvent jaillir des désirs et des espoirs, là où l’intime rejoint le politique.

Dans cette perspective, la clarté creuse les montagnes réunit le travail de huit artistes qui investissent le potentiel poétique de la création comme un espace d’émancipation. De la poterie à l’installation, en passant par la peinture, le tissage, la performance et la vidéo, les œuvres présentées articulent une portée politique qui se manifeste autant dans les choix formels et matériels que dans le propos qu’elles sous-tendent. Puisant dans des mémoires familiales et collectives (nêhiyaw, palestinienne, haïtienne), s’inspirant d’expériences, de révoltes et de savoir-faire traditionnels, les œuvres révèlent des imaginaires libres, rebelles et indociles. Les gestes plastiques et la quête de beauté s’incarnent ainsi, dans la démarche des artistes, en une posture de résistance face aux systèmes hégémoniques qui contraignent les vies et les imaginaires.

À une époque trouble, où l’effondrement de l’ordre mondial rend visibles des violences longtemps ignorées, le champ du sensible constitue un espace de lutte essentiel. Ouvrir des brèches, modeler des possibles, faire surgir d’autres manières d’être au monde. L’exposition envisage l’art comme un espace de déplacement, un lieu de friction où se déploient des formes capables, ne serait-ce qu’un instant, de creuser les montagnes.

Commissaire : Ariane De Blois

*Le titre de l’exposition s’inspire du premier vers du poème Shipiss de Marie-Andrée Gill.

Artistes

asinnajaq, Nathalie Batraville, Stina Baudin, Amanda Boulos, Berirouche Feddal, Shannon Garden-Smith, Frantz Patrick Henry et Tyson Houseman

Partenaire

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