Jacynthe Carrier. PAYSAGE: faire le jour

Commissaire : Anne-Marie St-Jean Aubre

Du 3 février 2018 au 6 mai 2018

À propos —

L’artiste québécoise Jacynthe Carrier fait du vivant sa matière première. Elle examine les différents rapports du corps à l’environnement et les manières d’habiter le territoire. Dans ses œuvres, le paysage urbain ou rural est une terre à se réapproprier, une aire de recréation, un lieu riche de possibilités. Elle y met en scène différents types d’interventions où des corps et des objets s’assemblent dans des situations performatives qu’elle documente. Ces images se transforment en des récits évocateurs de mythologies aussi bien quotidiennes et personnelles que populaires et partagées. Les visiteurs et visiteuses auront la chance de découvrir une installation vidéo inédite au centre de cette nouvelle exposition, PAYSAGE : faire le jour.

Biographie —

Née en 1982, Jacynthe Carrier est une artiste du Québec dont la pratique explore, par la vidéo et la photographie, les relations du corps à l’environnement. Elle est diplômée d’une maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia (2013). Depuis 2008, ses œuvres ont fait partie de plusieurs expositions personnelles et collectives, comme au Fresnoy (France), à la 8e biennale de Québec (MNBAQ), à la Triennale québécoise 2011, à la Nuit blanche de Paris, au centre CLARK, au Musée d’art contemporain de Val-de-Marne, et à la Galerie 44 à Toronto. Son travail a été présenté au Musée d’art contemporain de Montréal, au Musée des beaux-arts de Montréal et dans des expositions en France, au Canada, au Mexique et aux États-Unis. Ses œuvres font partie de plusieurs collections privées et muséales, dont celle du Musée d’art contemporain de Montréal, du Musée national des beaux-arts du Québec, celle du Cirque du Soleil, d’Hydro-Québec, de la Caisse Desjardins et plusieurs autres. Jacynthe Carrier a été nominée à la courte liste du Prix Sobey pour les arts en 2017, récipiendaire du Prix Pierre-Ayot en 2012 et du Prix Videre Création en 2015. Elle est représentée par la Galerie Antoine Ertaskiran à Montréal. Elle vit et travaille à Québec.

Mot de la commissaire —

Le travail de Jacynthe Carrier, qui s’apparente au tableau vivant, met en scène des performeurs dans des situations travaillées en amont de manière picturale, grâce à une attention portée à la composition, aux tonalités, à la lumière, aux textures. Documentées sous forme vidéographique et photographique, ces situations produisent des matériaux visuels et sonores servant de base à la création de récits ouverts, sorte d’épopées métaphoriques où la fiction se mêle à la réalité de l’instant capté : ici, le sillonnement et le façonnement d’un territoire.

L’exposition PAYSAGE : faire le jour montre ainsi une équipée au sein d’un terrain aux multiples sites (clairière, sous-bois, carrière de roches, lac) où se succèdent, au fil du jour, des actions primaires, initiales à son occupation : arpenter, défricher, dérocher, cueillir, semer, s’abreuver à même l’eau naturellement offerte. Une certaine solennité transpire de l’œuvre, ramenant à la mémoire d’autres époques fondatrices où ces mêmes gestes ont été posés. Pris en eux-mêmes, isolés de toute finalité concrète, ils acquièrent une valeur poétique et s’apparentent ainsi aux autres actions effectuées – attacher, filer, broder, tordre, saupoudrer, empiler – qui cherchent plutôt à modeler l’environnement, à le créer en lui donnant une forme. Élaborés en dialogue avec ce qui y existe déjà – insectes, couleurs, matières –, ces gestes s’agencent en une chorégraphie respectueuse, créée en symbiose avec le rythme de la nature.

L’étendue du territoire, impossible à embrasser du regard, est abordée dans PAYSAGE, un panorama à quatre écrans qui recompose, par l’addition de fragments vidéo glanés au fur et à mesure d’une avancée en forêt, l’expérience qu’on a de l’espace lors d’une telle balade. Dresser le portrait d’un lieu, le donner à voir sous les dehors d’un paysage, consiste à le faire apparaître en tant que construction. Tout effort de représentation n’en donne nécessairement qu’une vue partielle, sous-tendue par son envers – son hors-champ – resté invisible sans pour autant être secondaire. Le son est ce qui lui donne ici une présence; très texturé, il éveille les sens, aiguillonne la mémoire et rend tangibles les images. En attirant l’attention sur ce qui existe à l’extérieur du cadre, le son relie les scènes entre elles pour restituer l’unité de l’expérience.

L’idée du parcours dans le temps et dans l’espace, au cœur du projet, se traduit au Musée par la poursuite de l’exposition dans les espaces dédiés à la circulation des visiteurs, qui découvrent les photographies du corpus au fil de leur déambulation. Ces images isolent quant à elles les principaux jalons du périple, une quête incessante préparant un événement dont on ne peut que supposer la nature : la venue du jour, métaphore possible de tout commencement ou recommencement.