Chloë Lum et Yannick Desranleau. Les trésors sont des espoirs calcifiés capturant lumière et poussière

Commissaire : Anne-Marie St-Jean Aubre

Du 1 février 2020 au 2 août 2020

À propos —

Les artistes Chloë Lum et Yannick Desranleau travaillent depuis plusieurs années en collaboration avec des danseurs et des chanteurs. Dans leurs performances et leurs vidéos, les objets jouent un rôle important d’allié ou d’antagoniste et sont traités autant comme des extensions du corps que comme des freins aux mouvements.

Les photographies et les vidéos au centre de l’exposition Treasures Are Hopes Made Solid to Catch the Light and Also the Dust [Les trésors sont des espoirs calcifiés capturant lumière et poussière] traduisent sous une forme textuelle, gestuelle et sonore des états de corps liés à une expérience du confinement. Lorsque le corps refuse de coopérer, que ses mouvements sont limités, voire douloureux à cause d’une maladie chronique, que reste-t-il pour sortir de soi? Peut-être l’imagination stimulée par la lecture. Peut-être l’attention portée aux objets et aux réalités immédiates.

Pour cette première exposition au Musée d’art de Joliette, Lum et Desranleau poursuivent leur travail exploratoire de la littérature et présentent un corpus d’œuvres récentes qui s’envisagent comme des méditations nourries par les autrices Sylvia Plath et Clarice Lispector. Ainsi, la gestuelle et les récits chantés des interprètes font référence à l’écriture très sonore de Plath et aux riches descriptions de Lispector.

 

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Production

Volume 2: Things Remember et Volume 3: Words as Sculpture, Their Shapes as Sound, de la série Meditations
Interprètes : Allison Blakley et Emili Losier
Caméra : Philip Rose
Assistante aux costumes : Catherine Joyal
Assistant de plateau : Pierre Richardson
Stills from Non-Existent Performances 
Interprètes : Deborah Dunn et Winnie Ho

 

Image à la une

Chloë Lum & Yannick Desranleau, photo de production, tirée de la série Stills From a Non-Existant Performance, 2019. Interprète: Winnie Ho.

Chloë Lum & Yannick Desranleau, photo de production, tirée de la série Stills From a Non-Existant Performance, 2019. Interprète: Winnie Ho.

 

Avec l’appui du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec

 

Conseil des arts du Canada              CALQ


 

Biographie —

Caractérisé par la théâtralité et la chorégraphie, le travail des artistes visuels multidisciplinaires Chloë Lum et Yannick Desranleau crée fréquemment des rencontres entre performance, danse et sculpture. Dans leurs œuvres récentes, le duo étudie le rôle des objets, la condition matérielle du corps et le potentiel de transformation que les corps et les objets exercent les uns sur les autres. Ils s’inspirent de l’expérience de Chloë Lum en matière de maladies chroniques et des effets de celles-ci sur leur collaboration et puisent dans les tropes narratifs de la littérature, du théâtre et de la télévision.

Chloë Lum et Yannick Desranleau ont pris part à de nombreuses expositions, notamment à la Or Gallery (Vancouver), au Center for Books and Paper Arts, Columbia College (Chicago), au Musée d’art contemporain de Montréal, à la  Kunsthalle Wien, au BALTIC Centre for Contemporary Art, à la Whitechapel Project Space (London), à la University of Texas (Austin), au Confederation Centre Art Gallery (Charlottetown), ainsi qu’au Blackwood Gallery de l’University of Toronto. Ils ont présenté leurs performances à la Fonderie Darling et dans le cadre du festival OFFTA. Lum et Desranleau ont également évolué sur la scène musicale internationale avec leur groupe d’avant-garde rock AIDS Wolf pour lequel ils ont produit des affiches de concert primées sous le pseudonyme Séripop. Leurs oeuvres font partie des collections du Victoria and Albert Museum, du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Musée d’art contemporain de Montréal. Ils ont été nominés en 2015 pour la liste longue du prix Sobey.

Mot de la commissaire —

Les artistes montréalais Chloë Lum et Yannick Desranleau travaillent depuis plusieurs années en collaboration avec des danseurs et des chanteurs. Dans les performances et les vidéos qu’ils élaborent ensemble, les objets jouent un rôle important d’allié ou d’antagoniste. Ceux-ci sont traités autant comme des extensions du corps que comme des freins aux mouvements.

Les photographies et les vidéos au centre de l’exposition Treasures Are Hopes Made Solid to Catch the Light and Also the Dust [Les trésors sont des espoirs calcifiés capturant lumière et poussière] tentent de traduire sous une forme textuelle, gestuelle et sonore des états de corps liés à une expérience de confinement. Leurs protagonistes vivent une forme de captivité, dans un lieu ou dans un corps, et parlent des stratégies qu’elles élaborent pour rester en contact avec le monde malgré leur sentiment d’en être trop souvent physiquement tenues à l’écart. Lorsque le corps refuse de coopérer, que ses mouvements sont limités, voire douloureux à cause d’une maladie chronique, que reste-t-il pour sortir de soi? Peut-être l’imagination stimulée par la lecture. Peut-être l’attention portée aux objets et réalités immédiates. Les œuvres récentes présentées ici se veulent des méditations nourries entre autres par les textes des autrices Sylvia Plath et Clarice Lispector. Connues pour avoir lutté contre leur sentiment d’étouffement, ces femmes ont choisi de répondre par leurs livres à l’effet d’éteignoir de leur milieu de vie. L’écriture très sonore de la première et les riches descriptions de la deuxième ont inspiré le travail sur le son, les objets et les textes de Lum et Desranleau.

« Nous sommes tous un peu endommagés ». Nos corps partagent avec les objets qui nous entourent des marques d’usure causées par le temps ou la maladie, qui sont autant de blessures ou de failles, visibles et invisibles. Ce rapprochement matériel entre le vivant et le non-vivant suggère des affinités entre ces dimensions de la réalité, et explique la valeur que les artistes accordent aux objets dans leur production, allant jusqu’à leur reconnaître une autonomie et une capacité d’action. Dans leurs œuvres et installations, ils optent à dessein pour des couleurs vives, scintillantes, qui tranchent avec la nature grave des observations et questionnements qu’ils verbalisent. Inspirés par leur propre vécu, Lum et Desranleau matérialisent ainsi leur refus de subir passivement les conséquences d’une condition qu’ils n’ont pas choisie, adoptant plutôt une posture résiliente en insufflant énergie, vitalité et force à une imagerie qui se veut drôle et sombre à la fois.