Monique Régimbald-Zeiber. Les ouvrages et les heures

Commissaire : Anne-Marie St-Jean Aubre

Du 1 février 2020 au 6 septembre 2020

À propos —

Connue comme peintre et auteure, Monique Régimbald-Zeiber a une carrière qui s’étend sur plus de trente-cinq ans de pratique artistique. Elle a développé une démarche fascinante qui trouble l’histoire du formalisme québécois en peinture en y insérant des références au corps et à la réalité des femmes, décrite par les femmes. Son mot d’ordre : donner une présence à ces histoires, souvent réduites à l’état d’anecdotes ou de faits divers, en cherchant à « figurer autrement ». Toujours en équilibre sur la fine ligne départageant l’abstraction de la figuration, son travail traite les mots en images et aborde la composition picturale sous l’angle de la syntaxe, croisant de manière singulière les champs au centre de ses recherches, soit la littérature et la peinture. Professeure à l’École des arts visuels et médiatique de l’UQAM durant vingt ans, Monique Régimbald-Zeiber a eu un impact certain sur la formation des artistes contemporains québécois d’aujourd’hui.

À l’hiver 2020, le Musée d’art de Joliette offre à Monique Régimbald-Zeiber sa première exposition rétrospective. Composée d’œuvres des années 1980 à aujourd’hui, cette exposition fait apparaître le fil conducteur d’une carrière élaborée sous le signe de la conversation.

 


 

Images à la une

Monique Régimbald-Zeiber, vues de l’exposition Les ouvrages et les heures, Musée d’art de Joliette, 2020. Photos : Romain Guilbault.

Biographie —

Monique Régimbald-Zeiber vit et travaille à Montréal. Très tôt, elle s’est intéressée à l’écriture et au politique dans l’art. En 1980, elle obtenait un PhD en littérature qui proposait une lecture croisée des écrits et pratiques picturales de l’avant-garde russe. Elle a été professeure à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM de 1992 à 2012. Peintre, elle a, depuis une vingtaine d’années, développé une démarche qui interroge la construction du regard et de l’histoire, en particulier celle des femmes. Elle le fait dans et par des croisements de peinture et d’écriture. C’est à l’intérieur de ce projet qu’elle s’est intéressée à la peau comme ultime registre de la petite histoire. Ses œuvres font partie de différentes collections dont celles du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée d’art contemporain de Montréal et de la Galerie de l’UQAM. Elles ont été exposées au Québec, au Canada et en Europe. Ses deux dernières expositions individuelles se tenaient à Rome en 2008 (Éclats de Rome à la galerie La Nube di Oort) et à Montréal en 2011-2012 (Les dessous de l’histoire (2) à la Galerie B 312). En 1997, elle fonde avec Louise Déry, directrice de la Galerie de l’UQAM, les Éditions Les petits carnets.

Mot de la commissaire —

De la cuisine à la chambre à coucher en passant par l’atelier – version contemporaine de la « chambre à soi » –, Monique Régimbald-Zeiber explore les lieux et les mots associés à la vie des femmes dans des œuvres picturales qui s’apparentent à des conversations. Connue pour son engagement dans les milieux de l’art, de l’enseignement et de la recherche, elle a une carrière en peinture qui s’étend sur plus de trente-cinq ans. Sa démarche trouble l’histoire du formalisme québécois en peinture en y insérant des références au corps et à la réalité des femmes, décrites par les femmes. Son intention : donner une présence visible à leurs histoires, souvent réduites à l’anecdote ou aux faits divers, en cherchant à « figurer autrement ». De Marguerite Bourgeoys à Annie Ernaux, en passant par Jane Austen, Naomi Fontaine, Nicole Brossard et Agnes Martin, parmi d’autres, les langues et les époques se rencontrent au-delà des frontières dans des tableaux qui élargissent le concept d’abstraction en l’appliquant autant à la langue qu’à la peinture. Les mots, dans leur rapport au réel, ne reposent-ils pas eux aussi sur un système de conventions qui ne leur garantissent un sens que par l’apprentissage? Ou, au contraire, parce qu’ils ramènent à l’esprit l’image de la réalité qu’ils convoquent, les mots ne seraient-ils pas plutôt des outils au service de la représentation? Toujours en équilibre sur la fine ligne entre abstraction et figuration, le travail de MRZ combine de manière singulière littérature et peinture en traitant les mots en images et en abordant la composition picturale comme une syntaxe.

 

Les termes liés au corps et au sexe des femmes ou ceux qui servent à les interpeller, tirés des registres du comestible et de l’animal, les réduisent au statut d’objets à consommer et à posséder. Ces glissements, du mot à l’image et de l’image au mot, infiltrent nos imaginaires en les pétrissant de connotations péjoratives. En réponse, sont choisis et copiés des écrits de femmes qui s’incarnent dans l’urgence d’une prise de parole. Leurs mots sur l’inceste, le féminicide, l’avortement, le silence, l’abandon, mais aussi leur résilience et leurs actions, rappellent l’importance, aujourd’hui encore, d’assumer une position intraitable devant le scandale du sort toujours réservé aux femmes. MRZ réunit en un chœur des voix dispersées qui parlent des chemins parcourus et de ce qui reste à parcourir. Cette première exposition rétrospective, rassemblant des œuvres des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, fait apparaître le droit fil d’une carrière élaborée sous le signe de l’échange, de la communication et de la communauté.

 

Anne-Marie St-Jean Aubre