Regards en dialogue : Hébert, Laliberté, Suzor-Coté et Fleming. La collection A.K. Prakash de sculptures historiques, un don au Musée d’art de Joliette

Commissaire : Commissaires : Anne-Élisabeth Vallée et Émilie Grandmont Bérubé

Du 3 octobre 2020 au 10 janvier 2021

À propos —

Cette ambitieuse exposition met en lumière la collection de bronzes de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, Alfred Laliberté et Louis-Philippe Hébert généreusement offerte au Musée d’art de Joliette par Monsieur A.K. Prakash.

Sous le co-commissariat d’Émilie Grandmont Bérubé et d’Anne-Élisabeth Vallée, Regards en dialogue : Hébert, Laliberté, Suzor-Coté et Fleming. La collection A.K. Prakash de sculptures historiques, un don au Musée d’art de Joliette propose un regard neuf sur des sculptures du tournant du 20e siècle, présentées au cœur d’une imposante installation de l’artiste Nicolas Fleming.

Réputé pour ses œuvres immersives jouant de matériaux de construction bruts, Nicolas Fleming crée un espace centré sur l’expérience, une œuvre dans laquelle le visiteur peut littéralement entrer et prendre conscience de sa participation. Dans nos salles, Fleming recrée la Maison Antoine-Lacombe, joyau historique de la région joliettaine datant de la fin du 19e siècle. Nous devenons ainsi les témoins privilégiés d’un dialogue transhistorique entre les artistes qui aborde entre autres les questions d’identité et de colonialisme.

 

 

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Avec le soutien de la Fondation A.K. Prakash

 

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Images à la une :

  • © Nicolas Fleming, Division of Labour, vue d’installation à la Art Gallery of Burlington, 2020
  • Louis-Philippe Hébert, Mlle de Verchères (détail), 1911

 

Biographie —

Alfred Laliberté (1876-1953)

Né à Saint-Élisabeth-de-Warwick en 1876, Alfred Laliberté fait ses études à l’École du Conseil des arts et manufactures de 1887 à 1900 et à l’École nationale des beaux-arts de Paris avec Thomas et Injalber de 1902 à 1907. Il enseigne à l’ECAM au Monument National de 1907 à 1910, de 1912 à 1923. Il est reçu membre de la Royal Canadian Academy en 1919. Il enseigne à l’EBAM de 1923 à 1953. Entre 1928 et 1932, il exécute 214 bronzes illustrant les légendes, les coutumes et les métiers d’autrefois. Il meurt à Montréal en 1953.

Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté (1869-1937)

On a déjà dit de lui qu’il était le peintre le plus polyvalent au Canada. Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté fait ses études d’abord à l’école de son village, puis à Montréal avec l’abbé Chabert et le muraliste Maxime Rousseau dont il devient l’apprenti. En 1891, il se rend à Paris où il étudie à l’Académie supérieur des Beaux-Arts puis aux Académies Julian et Calarossi. Il découvre les œuvres des peintres de Barbizon, puis des impressionnistes. Sa rencontre plus tard avec Rodin influence son approche de la sculpture. Dès 1894, les œuvres de Suzor-Coté sont présentées dans de nombreuses expositions collectives, notamment dans les salons à Montréal, Paris et Toronto et l’exposition Universelle de Paris en 1900. En 1901, il expose pour la première fois en solo à la galerie F. Scotland (Montréal), puis régulièrement à Montréal. Parmi les distinctions qu’il reçoit, notons le premier prix de peinture de l’Académie Julian en 1897, une médaille de Bronze à l’exposition universelle de Paris en 1900, deux prix Jessie Dow du Salon du printemps du Musée des Beaux-Arts de Montréal en 1912 et 1925 et un prix au concours du Québec en 1920. Il fut élu membre de l’Académie royale canadienne en 1912 et membre du Canadian Art Club en 1913. Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté a réalisé des natures mortes, des paysages, des portraits et des sculptures remarquables d’audace technique, de vie et de pureté.

Louis-Philippe Hébert (1850-1917)

Sculpteur et médailliste, Louis-Philippe Hébert est né à Sainte-Sophie-de-Mégantic en 1850. À dix-neuf ans, il s’engage dans la Compagnie de zouaves pontificaux et part pour l’Europe ou il découvre les chefs-d’œuvre de la sculpture italienne. Dès son retour en 1873, il entre comme apprenti à l’atelier de Napoléon Bourassa. C’est là que pendant sept ans il acquiert l’essentiel de sa formation pour devenir par la suite le premier sculpteur de monuments commémoratifs au Canada. En 1888, il reçoit une commande du gouvernement provincial pour l’exécution des personnages historiques qui ornent la façade du Parlement à Québec. En 1894, il reçoit la médaille de la confédération et, en 1901, le gouvernement français le crée chevalier de la Légion d’honneur. À sa mort, survenue en 1917, il laisse un œuvre considérable.

Nicolas Fleming

Originaire de Montréal, Nicolas Fleming vit et travaille à Toronto. Il détient un baccalauréat de l’Université Concordia à Montréal (2001), ainsi qu’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal (2007). L’artiste compte à son actif près d’une quinzaine d’expositions individuelles depuis 2006 au Québec, au Canada et aux États-Unis. Il est reconnu pour ses projets de reconstitutions architecturales dont il reprend les dimensions exactes. Les mobiliers et les espaces architecturaux créés par Nicolas Fleming se présentent comme des chantiers, à l’état clairement inachevé, pas plus habitables que fonctionnels. Ses recopies sont réalisées en contreplaqué, en feuilles de gypse et en styromousse. Avec ce renversement opéré par Fleming, celui-ci réinterprète une partie de l’ensemble des mécanismes, des processus et des conditions qui donnent lieu à l’existence même des expositions, interrogeant les institutions du monde de l’art, ses environnements et ses contextes dominants.

Mot des commissaires —

L’exposition Regards en dialogue offre un regard neuf, transhistorique et transculturel, sur une extraordinaire collection de bronzes historiques offerte au Musée d’art de Joliette par M. Ash K. Prakash. Dans un dialogue surprenant, des œuvres de Louis-Philippe Hébert, Alfred Laliberté et Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, trois grands artistes du tournant du 20e siècle, rencontrent celles de Nicolas Fleming, sculpteur canadien résolument engagé dans la modernité du 21e siècle.

Des bronzes magnifiques, matière noble et intemporelle, côtoient des sculptures de gypse et de bois, œuvres contemporaines créées à partir de banals matériaux de construction. Le visiteur, surpris d’un tel irrespect des codes élitistes, ne peut que s’interroger sur ce rapport à la matière.

Les quatre artistes partagent un profond attachement au passé. Si les trois anciens célèbrent des « héros » qui ont forgé l’identité canadienne-française, tels Adam Dollard des Ormeaux et Madeleine de Verchères, Fleming, lui, manifeste cet attachement par la création d’une installation immersive. Dans l’esthétique de construction qui lui est propre, ce dernier a reproduit, dans l’espace du Musée, l’architecture de la Maison Antoine-Lacombe, joyau patrimonial joliettain. Cette œuvre totale embrasse à la fois les œuvres de ses confrères du passé et les siennes propres, tout en enveloppant le visiteur, qui n’a d’autre choix que d’y pénétrer.

La quotidienneté est aussi au cœur de cette exposition. Plusieurs des bronzes mettent de l’avant des sujets ordinaires puisés dans la réalité de tous les jours. En idéalisant la figure du pionnier canadien-français et ses activités traditionnelles, ces sculpteurs traduisent leur nostalgie d’une époque en train de s’éteindre. Les œuvres de Fleming ignorent toute dimension politique, mais partagent cette volonté de refléter le quotidien et d’y forcer un regard neuf. Il choisit de ne représenter que les objets les plus familiers créés par l’homme. Chaises, tables, bibliothèques et autres objets communs perdent alors leur statut utilitaire pour devenir œuvres d’art. L’installation immersive laisse apparentes les surfaces brutes et les traces du faire, ces traces des gestes humains.

Enfin, plusieurs bronzes soulignent l’importance accordée par les trois artistes canadiens-français aux sujets autochtones. Quoique respectueuses de « l’Indien », ces œuvres le représentent comme l’Autre, l’Étranger, reflétant la vision coloniale qu’avait alors l’Amérique de ses premières nations. Inspirées du goût européen pour l’exotisme, ces œuvres traduisent une perception stéréotypée d’une altérité que, dans les faits, ces artistes ne connaissaient pas.

Devant ce constat, nous avons choisi de laisser s’élever une autre voix : la voix autochtone elle-même. L’objet regardé devient à son tour sujet observant. Ainsi, dans trois courtes vidéos qui accompagnent l’exposition, le chaman et conteur atikamekw Roger Echaquan, l’anthropologue et muséologue waban a’ki Nicole O’Bomsawin et la jeune Atikamekw Eruoma Ottawa-Chilton racontent leur propre version de l’Histoire.

Avec beaucoup d’humilité, l’exposition Regards en dialogue souhaite contribuer à bâtir des ponts entre des cultures, des générations et des valeurs différentes.