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Une cosmogonie viable

Avec la modernité, l’être humain en est venu à se percevoir comme un acteur supérieur, indifférent aux cycles et aux phénomènes du monde naturel. Il lui est ainsi devenu facile d’assujettir l’eau, la nature, les espèces végétales et les espèces animales, en les envisageant comme des marchandises qui n’ont qu’une valeur d’échange et d’usage. Cette vision anthropocentrique encourage les dérives capitalistes actuelles, qui nous mènent directement vers une crise écologique sans précédent. Pourtant, l’eau nous relie littéralement à toutes les formes de vie. Elle est une force de gestation, essentielle au maintien de la vie, d’où la nécessité d’agir en mettant en place des mesures de protection.

Water is Life. « L’eau, c’est la vie ». Ce slogan est au cœur de l’activisme de Christi Belcourt et d’Isaac Murdoch, qui travaillent à faire prendre conscience de l’importance d’adopter des pratiques respectueuses de l’environnement. L’être humain est approximativement constitué de 70 % d’eau, tout comme la surface terrestre est recouverte à 70 % d’eau. La masse totale d’eau de l’hydrosphère, qui représente l’ensemble des eaux de la Terre, ne varie pas depuis sa formation il y a trois milliards d’années. Ce qui veut dire que cet élément, qui circule indifféremment au sein de tous les êtres vivants, se transforme selon un cycle précis, mais ne se régénère pas. Avec ses toiles figurant des plantes aux vertus médicinales, interconnectées puisqu’elles s’accrochent aux mêmes tiges, Belcourt nous invite à embrasser nos relations d’interdépendances dans un souci éthique qui dépasse le règne humain pour relier toutes les formes de vies.

Les œuvres récentes de Jin-me Yoon reconnaissent également la grandeur et la force de la nature. En comparaison avec son travail antérieur, on remarque que les figures humaines prennent moins de place dans le paysage. Ces œuvres montrent les êtres humains dans un grand tout dont ils sont partie intégrante, plutôt que de les inscrire en position de centralité. Le regard affectif que Yoon porte sur les membres de son entourage, qu’elle choisit de portraiturer dans des paysages significatifs, notamment l’île Hornby et le parc national Pacific Rim, met en relief l’attachement profond qui relie ces êtres à leur environnement, comme les racines que Belcourt met au jour dans plusieurs de ses peintures. Tant Jin-me Yoon que Christi Belcourt font preuve d’humilité face à la nature. Cette attitude transparaît différemment dans leurs œuvres, qui sont envisagées comme des outils de sensibilisation, suggérant de nouvelles manières de vivre en relation avec la nature.

 

Anne-Marie St-Jean Aubre
Conservatrice à l’art contemporain
Musée d’art de Joliette

 


Image à la une

Vue de l’exposition de Christi Belcourt et d’Isaac Murdoch Soulèvement : la force de la Terre Mère, Musée d’art de Joliette, été 2019. Photo : Romain Guilbault. On y voit les toiles So Much Depends Upon Who Holds the Shovel, de Christi Belcourt (2008, Collection du ministère des Affaires autochtones et du Nord du Canada) et Medicine Man Makes a Deal, d’Isaac Murdoch (non datée, collection de l’artiste).