Philippe Allard. Infiltrations

Commissaire : Anne-Marie St-Jean Aubre

Du 15 août 2020 au 10 janvier 2021

À propos —

PEHD-19 : du 15 août 2020 au 15 avril 2021

Infiltrations : du 3 octobre 2020 au 10 janvier 2021

 

L’artiste québécois Philippe Allard est bien connu pour ses interventions architecturales monumentales dans l’espace public, réalisées dans plusieurs villes dont Montréal, Lyon, Québec, Marrakesh et Ponta Del Gada, ainsi que ses installations créées à partir de matériaux pauvres, revalorisés par sa récupération artistique.

En écho avec la crise du recyclage et de la gestion des matières résiduelles qui touche le Québec depuis quelques années, le Musée d’art de Joliette a invité Philippe Allard à développer un nouveau corpus d’œuvres à partir de matières résiduelles de plastique qui infiltreront tous ses espaces, tant ses salles d’exposition, ses aires publiques que son architecture. Il s’agira de suivre la trace des œuvres, souvent laissées dans des endroits insolites, et découvrir au fil de la visite le parasitage de l’institution imaginé par l’artiste.

Le projet Infiltrations, qui a débuté durant la saison estivale avec l’oeuvre extérieure PEHD-19, se poursuivra tout l’automne avec l’ajout d’un volet intérieur. Il vise à faire réfléchir à la surconsommation de plastique, notamment dans le domaine de l’alimentation. Il s’inscrit en droite ligne avec la démarche artistique de Philippe Allard, qui s’intéresse à l’architecture, à l’urbanisme et aux enjeux environnementaux.


Avec le soutien du Conseil des arts du Canada

Conseil des arts du Canada

Image à la une : 

© Philippe Allard, PEHD-19 (détail), Musée d’art de Joliette, 2020


 

Biographie —

Philippe Allard vit et travaille à Montréal. Il est titulaire d’un baccalauréat en design graphique de l’Université du Québec à Montréal. Ses œuvres ont fait l’objet d’expositions individuelles et collectives au Canada, en France, au Portugal, au Maroc et en Corée du Sud. Notons celles présentées chez articule, ATOLL art actuel, à la Fonderie Darling et au Centre des arts de la Confédération (Charlottetown). Il a dernièrement complété un projet spécial avec le Centre DARE-DARE. Ayant à cœur les interventions in situ, il a aussi réalisé plusieurs commandes d’œuvres publiques et privées. Il fut, avec Justin Duchesneau, lauréat du concours de la Place des Arts de Montréal en 2009, récipiendaire du prix d’art public de l’AGAC pour leur installation Courtepointe en 2014 et auteur de l’œuvre publique permanente Le Joyau royal et le Mile doré pour le bureau d’art public de la ville de Montréal. Six de ses œuvres d’art public ont été réalisées dans le cadre de la politique d’intégration des arts à l’architecture. On trouve ses œuvres au sein de la collection du Cirque du Soleil ainsi que celle du Musée d’art contemporain de Baie-St-Paul. En août 2019, il a fait partie de la publication internationale 100 Sculptors of Tomorrow (Thames & Hudson).

 

 

 

Mot de la commissaire —

L’environnement transformé à travers l’industrie est un thème prédominant dans la pratique artistique de Philippe Allard. Depuis de nombreuses années, l’artiste montréalais s’intéresse aux habitudes de consommation de la population, qui orientent ses choix de matériaux. Inspiré par la nature autant que par sa dégradation, il incite le spectateur à considérer les proximités entre l’artificiel et le naturel. Ses installations se présentent comme des métaphores au dilemme de notre existence moderne. Ainsi, plusieurs de ses œuvres font réfléchir aux conséquences des actions humaines sur l’environnement, sans pour autant adopter une posture didactique.

La collecte de matériaux pauvres, trouvés dans son environnement immédiat, sert souvent de point de départ aux projets de l’artiste. Ce processus de glanage urbain l’amène à faire des rencontres humaines qui informent subséquemment le développement de ses œuvres. Bien que son travail suscite une prise de conscience environnementale, c’est d’abord les propriétés physiques des matériaux et leur potentiel formel qui attire Allard. Il souhaite avant tout créer des expériences surprenantes qui frapperont l’imaginaire des spectateurs et c’est pourquoi la nature in situ de ses projets d’envergure monumentale, souvent présentés en extérieur ou dans des espaces publics, est fondamentale à sa démarche. Par exemple, dans l’installation De plastique et d’espoir (2007), 65 000 bouteilles d’eau en plastique sont récupérées puis suspendues dans l’atrium du Centre Eaton à Montréal. L’artiste a tiré parti de la transparence du matériau filtrant la lumière et de la possibilité de réaliser une œuvre en suspension pour aborder la question de la consommation d’eau et de la marchandisation d’une matière première essentielle à la vie, tout en évoquant l’idée des continents de plastique dérivant dans les océans. Allard est bien connu également pour son corpus de projets créés avec son acolyte Justin Duchesneau (2012-2014). Employant la caisse de lait comme matière première à assembler, ils ont produit des formes architecturales qui déroutaient le passant et modifiaient sa relation avec un objet usuel et quotidien, détourné tout à coup de sa fonction. L’impact des œuvres de l’artiste tient à leur composition basée sur l’accumulation et la répétition d’unités simples – bouteilles d’eau, bidons de lave-glace, caisses de lait, palettes de bois – pour réaliser des constructions imposantes qui, par leur taille, font réfléchir aux enjeux de surconsommation et de pollution. Une tactique qu’il reprend au Musée d’art de Joliette dans un projet de parasitage architectural.

L’installation PEHD-19 est réalisée à partir de plastique recyclé récupéré dans un centre de tri. Envahissant les façades du bâtiment, des pastilles circulaires multicolores – rappelant le symbole de l’arc-en-ciel repris sur les médias sociaux et dans l’espace public depuis le début de la crise du coronavirus – se multiplient. Les pastilles sont composées de milliers de petits fragments de plastique amalgamés afin de réaliser une matière dense ayant le potentiel de laisser filtrer la lumière. Leur accumulation fait réfléchir au fait que cette matière largement utilisée se répand partout dans l’environnement. Interprété dans le contexte actuel, le projet de parasitage qui se poursuivra dans différents lieux de la Ville de Joliette entre les mois d’août 2020 et août 2021 suggère le schéma de contagion d’un virus qui se transmet par vagues.

Les projets de Philippe Allard, qui s’intéresse depuis plusieurs années à la présence du plastique dans toutes les sphères de nos existences, émergent en grande partie de ses expériences et de ses observations du quotidien. En voyant s’empiler dans son bac de recyclage les contenants en plastique, il a eu l’intuition que la crise de la COVID-19 aura peut-être un impact important sur la crise du recyclage et la production de matière résiduelle. Est-ce que la période de confinement qu’on a connue en début d’année 2020, alliée au contexte actuel où l’utilisation de gants, de masques, de contenants et de sacs jetables s’accélère, bouleversera de manière durable nos habitudes de consommation, au point d’exacerber la crise environnementale? L’intervention PEHD-19 fait réfléchir aux croisements entre les crises environnementale et sanitaire en rappelant que l’être humain ne vit pas en vase clos et que ses gestes ont des répercussions dont on ne suspecte pas toujours les effets, les découvrant, malheureusement, parfois trop tard. Lorsqu’on sait que la présence de microparticules de plastique dans l’eau et l’environnement est telle que l’être humain en ingère tous les jours, il convient de s’interroger sérieusement sur les conséquences à long terme de l’utilisation de cette matière tant sur l’environnement que sur la santé humaine. Est-ce que cette crise sanitaire nous fera oublier les mesures prises ces dernières années en réponse à la crise environnementale?