En dialogue

Automne 2022

Du 15 octobre 2022 au 15 janvier 2023

À propos —

Le texte « En dialogue » décrit la thématique commune des expositions présentées chaque saison au Musée d’art de Joliette.

Être en marge suppose de se positionner en périphérie de normes sociales, culturelles ou artistiques dominantes. Souvent considérée avec un a priori négatif, la marginalité peut être aussi perçue comme un concept de résistance et d’action. La présente saison, orchestrée autour du thème de la marge, propose trois expositions qui font intervenir cette notion à des niveaux différents.

L’histoire nous révèle que la marginalité peut être subie ou, inversement, peut être le lieu d’une prise d’action. Dans le plan positif du terme, elle traverse les sociétés et les contextes sous la forme d’idéologies et de mouvements collectifs de contre-culture. L’exposition de la commissaire Esther Trépanier, portant sur l’abstraction montréalaise des années 1940, met en avant quatre artistes qui, bien que connus à leur époque et jouissant d’une diffusion considérable de leur travail, ont depuis été largement oubliés des historiens. Ces artistes n’ont pas signé le Refus global ni n’étaient affiliés au mouvement automatiste, bien qu’ils en fussent les contemporains et qu’ils l’aient même précédé. Leurs origines et leurs influences ont fait d’eux des artistes de l’abstraction résolument différents de Riopelle, Borduas, Leduc et Ferron, pour ne mentionner que ces quelques peintres modernes renommés. Aujourd’hui revisitées, les œuvres de ces quatre artistes permettent d’imaginer une histoire de l’art abstrait au Canada plus complète, profonde et riche. La marge se manifeste ici comme un facteur différentiateur et une force.

Le parcours de Rita Letendre comporte une part de mise à l’écart et une autre de mise en action. Traçant sa voie à force de ténacité, cette femme s’inscrit comme pionnière de l’art mural monumental, pratique surtout réservée aux hommes. L’exposition posthume que nous présentons aujourd’hui souligne la cohérence et la richesse de son travail à partir d’une sélection d’œuvres de la collection du MAJ.

Nous présentons également la première exposition monographique au Québec de l’artiste autochtone albertaine Faye HeavyShield. D’un océan à l’autre, les artistes autochtones demeurent encore invisibles. Dans le cas de HeavyShield, cette mise à l’écart est double, d’une part, en raison de ses origines ethniques, et, d’autre part, en raison de sa pratique artistique « nomade » et minimaliste difficilement commercialisable. Cette marginalisation active chez elle se manifeste par le fait de défier les étiquettes, les frontières entre médiums artistiques et les classifications traditionnelles du monde de l’art. Les enjeux dont elle traite, la famille, le clan ainsi que les liens avec le territoire et la nature, sont d’une importance capitale, mais sont souvent relégués aux oubliettes, car non rentables et peu porteurs de développement et de croissance.

Les différentes marginalités, mises en relief cette saison au MAJ, sont autant d’exemples d’artistes, de pratiques, de mouvements, tant historiques que contemporains, qui engagent un retour du pendule par une mise en lumière de points de vue plus variés et riches sur la société. La reconnaissance de la diversité des contextes, des positionnements et des démarches artistiques non conventionnelles rappellent les revendications de Geeta Kapur, grande théoricienne indienne de l’art, autour d’une validation des différents chemins entrepris en marge des discours dominants. Il n’y a pas qu’une voie pour pratiquer l’art et le théoriser, il y en a plusieurs et chacune de ces trajectoires doit se faire en fonction de ses propres modalités et conditions.

Jean-François Bélisle, directeur et conservateur en chef, et Julie Alary Lavallée, conservatrice des collections


Images à la une :

© Marian Dale Scott, Atom, Bone and Embryo, 1943. Photo : Art Gallery of Ontario.

Marian Dale Scott, Endocrinology [Endocrinologie], Murale, pavillon d’anatomie et de médecine dentaire Strathcona, Université McGill, Huile sur plâtre, 369 x 494 cm. La Collection des arts visuels de l’Université McGill, Montréal, commandée par le Dr Hans Selye. Photo en exposition : Brian Merrett. Photo : Romain Guilbault

Vues du vernissage d’automne du Musée d’art de Joliette. Photo : Romain Guilbault