Stimuli

Commissaire : Nathalie Galego

Du 13 novembre 2021 au 20 février 2022

À propos —

Coup d’œil sur la collection du MAJ

Issues de la collection du MAJ, trois œuvres sont exposées cet automne pour leur résonnance avec l’exposition Souriez ! Les émotions au travail. Mécanisées ou électrifiées, ces dernières engagent une réflexion autour du développement technologique, de ses impacts sur l’humain et son intégration au milieu artistique depuis le 20e siècle. Celles de Carl Trahan et du tandem Béchard Hudon puisent à même le contexte moderniste de la Révolution industrielle en Europe alors que celle de Robert Savoie s’ancre dans les recherches sur la perception dans le sillon de l’op art développé dans les années 1960.

De tous les temps, l’art s’est nourri de la technologie. Au fil des siècles, cette dernière s’est développée lentement avec l’invention de l’imprimerie au 15e siècle, révolutionnant l’art de la reproduction de textes et d’images. Depuis le 19e siècle, les inventions technologiques, dont la radio, la photographie et le cinéma, se succèdent et sont intégrées dans l’ensemble des domaines artistiques non sans écueils, malgré l’effervescence, la fébrilité et l’espoir qu’elles génèrent.

En effet, les technologies mises au service de l’art, au sein même des processus de création et de diffusion, ont bouleversé les traditions, les modes de production, la relation au travail et les institutions. L’instantanéité de la photographie au 19e siècle secoue l’univers des peintres portraitistes. La mécanisation industrielle chamboule le travail d’artistes traditionnels les poussant à abandonner les chantiers et les ateliers au début du 20e siècle. Comme le rappelle l’œuvre de Carl Trahan, cette ère technique et industrielle s’accompagne d’une crise spirituelle liée aux avancées technologiques et scientifiques. Au nouveau rythme de vie qui en découle s’entremêlent frénésie, nervosité et crainte de la guerre. Certaines avant-gardes historiques, dont le futurisme et l’expressionnisme allemand, se sont inspirées de ce contexte. L’œuvre de Béchard Hudon nous ramène aux pionniers européens de l’abstraction, à leur quête de la représentation du temps, la 4e dimension. L’œuvre de Savoie s’inscrit elle aussi dans le sillon des recherches sur l’abstraction, mais focalise sur les effets optiques et perceptuels que permet la technologie.

Si les années 1960 ont vu l’arrivée de la vidéo et les années 1970 et 1980 celle des ordinateurs, c’est à un bombardement technologique que l’on assiste depuis les années 1990 avec le développement fulgurant dans les domaines de la robotique, du jeu vidéo, du web, de la réalité virtuelle ou de l’intelligence artificielle. Cette effervescence d’accessibilité des savoirs et de moyens technologiques offre aux artistes de nombreuses avenues créatrices qu’ils saisissent tant pour critiquer le transhumanisme à l’œuvre, mouvement cherchant à dépasser les capacités humaines, que pour en montrer les mécanismes et les impacts dans la scène sociale que nous découvrons au jour le jour.

 


Image à la une :

Carl Trahan, Uberreizung (Surexcitation, sur stimulation), 2015. Photo : Guy L’Heureux