Souriez! Les émotions au travail

Commissaires : Anne-Marie St-Jean Aubre, conservatrice de l’art contemporain, Musée d’art de Joliette et Maud Jacquin, commissaire indépendante

Du 2 octobre 2021 au 9 janvier 2022

À propos —

Cette exposition collective qui rassemble des artistes québécois, canadiens et internationaux aborde le rôle et la nature des émotions dans le monde du travail et plus généralement dans notre culture technologique capitaliste. Le projet se construit en deux parties, l’une consacrée aux émotions générées par les transformations contemporaines du travail, l’autre aux émotions littéralement mises au travail. Ces deux grandes sections de l’exposition s’articulent autour des interrogations suivantes : quels sont les impacts des transformations du marché et des conditions de travail sur les corps, les gestes, les émotions et les comportements des travailleurs ? Comment les émotions font-elles l’objet d’un travail et comment sont-elles marchandisées dans une économie de services où la capacité des travailleurs à maîtriser l’expression de leurs émotions (ce qu’on appelle le « travail émotionnel ») joue un rôle important et où la technologie est utilisée pour transformer ce que nous ressentons en capital exploitable ?

 

Les émotions dans le travail

Le modèle du travail indépendant, dont on vante le rythme et l’horaire plus flexible permettant une meilleure qualité de vie, se généralise et donne naissance à la multiplication des espaces de travail partagés. Combiné à l’explosion des technologies numériques, ce modèle, qui a plusieurs points en commun avec le statut de l’artiste (qui fait aussi un travail autonome), mène à ce qu’on a appelé l’« ubérisation du travail », qui reprend, sous une autre forme, la logique du travail à la pièce. Les effets négatifs propres à ce type de relation d’emploi touchent un nombre grandissant de travailleurs, qui se voient dans l’obligation d’endosser toutes les responsabilités entrepreneuriales, et le poids psychologique et émotionnel que cela génère, et ce, le plus souvent sans protection sociale et sans parvenir à sortir de la précarité. Dans ce contexte comme dans celui des entreprises plus traditionnelles, les attentes des employeurs sont de plus en plus grandes : il ne suffit plus de bien faire son travail, il faut faire preuve de « proactivité » et de créativité tout en acceptant d’entrer dans une logique d’autoamélioration permanente. Les gestionnaires mettent d’ailleurs en place des séminaires et des activités de renforcement d’équipe pour favoriser le bien-être, mais aussi, par la bande, la productivité des travailleurs. Après avoir longtemps été réprimées dans le monde du travail, les émotions sont donc maintenant investies par les processus managériaux avec des conséquences positives (l’écoute et la communication sont encouragées) et négatives (ces méthodes qui instrumentalisent et normalisent les émotions constituent une forme toujours plus intrusive de contrôle).

 

Les émotions mises au travail

S’intéresser aux émotions au travail, c’est aussi prendre en compte la manière dont elles font l’objet d’un travail. Une économie de services, dans laquelle la satisfaction du client est reine, valorise les compétences émotionnelles (contrôler ses sentiments, interpréter et performer le langage non verbal approprié selon différentes situations, interagir avec autrui, etc.). Cela dit, un effort émotionnel est requis dans tous les rapports interpersonnels, par exemple interagir avec ses supérieurs, ses clients ou ses collègues, ce qui met les émotions au cœur d’emplois de tous types, à divers degrés. Le travail émotionnel reste souvent invisible, implicite et peu valorisé, ce qui fait l’objet de revendications dans certains milieux. Pensons à certaines professions liées aux services à la personne et aux soins, historiquement et toujours majoritairement exercées par des femmes.

 

Les artistes de cette exposition nous font réfléchir à ces enjeux et aux injustices raciales et de genre qui les traversent, par l’entremise d’œuvres qui les mettent en évidence, les critiquent ou y résistent.

 

À NOTER
Cette exposition contient plusieurs œuvres vidéos. Nous suggérons de prévoir un temps de visite important si vous souhaitez les visionner dans leur entièreté.

Cette exposition est réalisée avec le soutien de l’Institut Français, du Goethe Institute, du Musée d’art contemporain de Montréal, du Centre canadien d’architecture, de Vidéographe et de PRIM, en collaboration avec Diagonale.
Bloc logo Institut français et Goethe Institut

 

Image à la une :
Robert Schlicht et Romana Schmalisch, Top/Down, vidéo, 2017


 

Artistes :

Marjolaine Bourdua (QC), Jacques Poulin Denis (QC), Pierre Dorion (QC), Jean-Maxime Dufresne et Virginie Laganière (QC), Melanie Gilligan (CA), Matt Goerzen (CA), Lauren Huret (CH/FR), Marisa Morán Jahn (US), Wanda Koop (CA), Daisuke Kosugi (JP) et Ane Hjort Guttu (NO), Liz Magic Laser (US), Anne Le Troter (FR), Jacqueline Hoàng Nguyễn (CA), Elisa Giardina Papa (IT), Julien Prévieux (FR), Laure Prouvost (FR), Laurel Ptak (US), Karine Savard (QC), Romana Schmalisch et Robert Schlicht (DE), Joshua Schwebel (QC), Cally Spooner (GB), Catherine Sullivan (US), Pilvi Takala (FI), Carl Trahan (QC), Amalia Ulman (AR), Gwenola Wagon et Stéphane Degoutin (FR).